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ARDENNE de Sève et de sang
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Extrait de « A la souille ! »
C’est l’été, la fin de l’été même. Progressivement, imperceptiblement, la forêt a changé de peau. Comme pour mieux préparer les cœurs au grand embrasement de l’automne, elle a revêtu sa cape de banalité, son teint mat, sombre, opaque, presque terne.
Le temps des pousses et du vert tendres est révolu. Celui des vocalises aussi.
L’air se languit de sons mélodieux. Seul le vent anime de son souffle infatigable et monotone le paysage sonore.
Se préparant à l’hiver, les feuilles se balancent, mollement, inlassablement, rappelant à l’oreille que les arbres eux aussi savent chanter.

En ce mois d’août 2004, la sécheresse s’acharne impitoyablement sur l’Ardenne.
L’air tremble de chaleur ; tout ce qui fait ombre est béni, tout ce qui chauffe honni.
L’astre roi darde ses rayons sur la création, écrasant au passage la mémoire de nombre de ses bienfaits. Petit à petit , la terre se dessèche, s’émiette, se racrapote, se craquelle, s’ouvre grande pour mieux engloutir la pluie bienfaitrice. Déjà, la boue est redevenue poussière.

Dans le sous-bois, quelques fleurs s’accrochent à leurs couleurs, offrant au regard un sursaut de gaieté et à quelques insectes, gîte et couvert.
L’herbe aussi a changé. De vert vif elle est passée à vert sombre, de vert sombre à vert jaunâtre.

Les feuilles de certains arbres pâlissent, contraintes d’abandonner prématurément aux souvenirs leurs teintes chlorophylle.
Implacable, le vent aura tôt fait d’épiler sans vergogne leur hôte souffreteux.
S’il ne faisait si chaud, on croirait sentir le souffle de l’automne.

Extrait du chapitre « Matin parfait »
"Je m’enferme dans ma tête. Je ne suis plus qu’un sens. Mes yeux s’aiguisent, mes oreilles se tendent. Dévoré par sa proie, mon esprit se resserre, s’enfonce dans le futur, prêt à anticiper et interpréter chaque signal. Mon corps n’est plus que tendons et nerfs, à fleur de peau, à l’affût de la moindre brindille susceptible de gémir.
Chaque geste est pesé, calculé, prudent, lentissime.

Des yeux et de la peau, je cherche à déceler le moindre objet susceptible de briser le silence à mes pieds; une fois certain de ne pas provoquer de craquement, je repose mon appuis sur le sol et prépare le pas suivant.
Pas après pas, minutes après minute, le sang toujours plus gorgé d’adrénaline et la sueur au front, je me rapproche.

Tout en étudiant le moindre geste de l’animal, je cherche régulièrement des yeux l’itinéraire à emprunter : il me faut un substrat silencieux et un parcours où je puisse me fondre, tout en n’ayant pas trop d’obstacles visuels entre le sujet et moi.
Surtout ne pas le perdre des yeux…"

Extrait de « le chant du cygne » :
"Derniers sursauts de la chlorophylle avant le grand dépérissement coloré, de la quiétude avant les clameurs de la chasse, de la douceur avant l’offensive du froid, de la bise avant les grands vents, du volume avant le grand vide…L’automne et son goût de chant du cygne.
Depuis la dernière sécheresse d’août déjà, quelques feuilles jaunâtres se sont détachées des géants fatigués. Aux premières sollicitations d’Eole, une à une, les plus lasses se sont élancées dans le vide, sous les gémissements des arbres se tordant comme pour les retenir dans leurs bras pâlissant.
.../...
Dix septembre. Le premier brame raie la surface du crépuscule, faible, incomplet, peu convainquant, presque incongru en ces temps de silence. D’un coup, les faons relèvent la tête, inquiets, vers ce drôle d’animal encombré de branchages et qui produit un son si étrange. Le cerf s’avance vers la harde, d’un pas cadencé, puis s’arrête au milieu de la clairière. Les biches le toisent, frémissantes, tandis que leurs rejetons se précipitent contre leur flanc.
Le nouveau venu pointe le mufle vers les cieux et aussitôt, un spasme violent creuse ses flancs, arrachant cette fois un brame irrépressible et formidable. Le cri explose, percute les tympans, ricoche contre les troncs, roule dans la nuit. La grand messe d’Ardenne a commencé."
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